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Le coeur d'une Autre - Tatiana de Rosnay

 

      Un panneau en face de moi interpella mon regard, et je fus frappé par la netteté des contours et des tons. C'était un grand tableau sombre aux teintes ocre et bistre, peint avec une vigueur candide et une rigueur des lignes qui ma fascina. J'oubliai me fatigue et me levai pour le regarder.

       Intrigué par le tumulte discipliné de l'oeuvre, la symétrie parfaite des lances et des plumes plantées dans les armets, il me semblait que je me trouvais au milieu d'une bataille. j'entendais la clameur sourde d'une lutte, le choc de boucliers contre armures, le bruit métallique des cuirasses, des épées, des glaives, les hénissements des chevaux enchevêtrés, harnachés de pourpre et d'or, dont deux gisaient au sol, l'un agonisant, l'autre figé par la mort. Je sentais l'odeur  acre du sang, celle plus aigre des chevaux, et velle, humide, palpable, de la terre retounée par les sabots. Derrière la violence de la bataille s'étirait un paysage tranquille; des vendengeurs travaillaient dans les vignes, et un chien poursuivait des lièvres à traverts champs.

        Happé par ce que je voyais, je ne savais plus l'heure, le lieu, ni qui j'étais. Le temps s'était arrêté ; je n'entendais plus le brouhaha du musée, mais la rumeur de l'affrontement, et je m'imprégnais de chaque détail avec une avidité qui m'était inconnue. Alors que j'étudiais l'harmonie de l'oeuvre, son ordre géométrique, la dynamique puissante de ses perspectives, je pris conscience de la rapidité de mon souffle.

        Emporté par la musique du tableau, je ne m'étais pas rendu compte que mon coeur emballé battait la chamade comme une machine folle. Je posai une main sur ma poitrine, y captai des pulsations que je trouvai trop rapprochées. Je fus saisi d'épouvante ; ma tête se mit à tourner, mes membres à trembler. J'étais certain que  là, au pîed de la bataille, mon coeur allait lacher. Je parvins à me retourner vers le banc, sous l'oeil indifférent des touristes. J'attendis Mathieu, la main sur mes côtes.

 

Résumé :

Bruce Boutard, informaticien bourru et misogyne de 40 ans, souffre d'une rare maladie cardiaque. Seul une greffe peut le sauver. Lors de sa convalescence, en Toscane, son nouveau coeur va se mettre à battre comme un fou devant un tableau d'un maître de la renaissance, Paolo Ucello. Pour la première fois, Bruce va se poser des questions... Sa personnalité, ses goûts, son caractère ont changé. Qui était son donneur ? Et c'est alors que Bruce va partir sur les traces de son donneur dont la vie était pleine de secrets.

 

Mon commentaire :


Ce livre a été pour moi un pure délice. Pour les amateurs d'art, comme moi, c'est un réel plaisir que de suivre les tumultes sentimentaux que la peinture  de Paollo Ucello provoque chez Boutar...et aussi de découvrir la raison plus profonde de ces tumultes. Ce roman enchaîne intrigues sur intrigues ; quand on pense tout savoir on se trompe...C'est une richesse des mots, de l'image, des sentiments. On est loin de l'histoire d'amour basique. T de Rosnay  nous confronte à une autre phylosophie. Il y a bien longtemps une certaine civilisation pensait déjà que l'âme ( conscience ) ne résidait pas dans la tête mais dans le coeur.

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